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L'ALIMENTATION DES SENIORS
Gériatres et gérontologues, nutritionnistes et chercheurs en nutrition, psychiatres, sociologues, professionnels de la communication et du marketing... Les experts réunis à l'initiative de l'Institut français pour la nutrition (IFN) lors du colloque " L'alimentation des seniors " sont unanimes : la vieillesse doit être radicalement distinguée de la maladie, du handicap et de la dépendance. Ceux qui accèdent aujourd'hui au statut de senior ont en perspective encore 30 à 40 années de vie...
L@ Minute Nutrition Lettre n°400, jeudi 21 janvier 2010
Thème : Les seniors
L'alimentation des seniors, un déterminant majeur du vieillissement réussi Gériatres et gérontologues, nutritionnistes et chercheurs en nutrition, psychiatres, sociologues, professionnels de la communication et du marketing... Les experts réunis à l'initiative de l'Institut français pour la nutrition (IFN) lors du colloque « L'alimentation des seniors » sont unanimes : la vieillesse doit être radicalement distinguée de la maladie, du handicap et de la dépendance. Ceux qui accèdent aujourd'hui au statut de senior ont en perspective encore 30 à 40 années de vie...
Cette vie s'organise autour de besoins et de désirs nouveaux, sous le double signe du plaisir de vivre et du maintien de la santé. L'alimentation est appelée à y jouer un rôle clé. Les liens entre nutrition, bien-être et santé deviennent encore plus étroits à mesure que l'on vieillit. Au moment même où de nombreux facteurs physiques, psychiques, sociaux et environnementaux peuvent infléchir de manière plus ou moins favorable les comportements alimentaires.
Le colloque IFN du 1er décembre 2009 passe en revue, ces facteurs et explore les pistes permettant d'optimiser leur impact. Sur le plan physiologique, le rôle de la diminution progressive des fonctions gustative et olfactive doit par exemple être relativisé, expliquent les chercheurs : il existe une mémoire des aliments, qui sans cesse se réactualise.
Sur le plan social, les pesanteurs sont fortes. Une enquête révèle les écarts qui existent entre les recommandations nutritionnelles et les pratiques alimentaires. Cet écart est fortement déterminé par le contexte social du vieillissement. D'importantes variations sont observées en fonction du sexe et de la catégorie socioprofessionnelle, soulignant des besoins d'action matériels et humains diversifiés et ciblés.
Sur le plan médical, un niveau satisfaisant d'alimentation équilibrée, quantitatif et qualitatif, associé à un minimum d'activité physique est nécessaire au maintien des fonctions physiques et psychiques et à la prévention des pathologies chroniques. La dénutrition concerne 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile et 15 à 40 % de celles qui sont en maison de retraite. Elle augmente le risque de maladie, de chute, de fracture et d'entrée dans la dépendance. Sa prévention et son dépistage sont des objectifs majeurs.
Sur le plan économique enfin, les seniors sont un levier de croissance dont les acteurs publics et privés ne semblent pas avoir pris toute la mesure. Ils souffrent d'une image sociale négative, alors qu'ils devraient susciter une intense activité d'innovation. D'ici 2020, parler des seniors sera parler d'un Français sur trois. Les défis à relever sont nombreux. L'alimentation est pratiquement au cœur de chacun d'entre eux. Ce colloque à permis d'aborder les sujets suivants : état des lieux - vieillir aujourd'hui, les bases d'un vieillissement réussi, le vieillissement : perception, communication et aspects produits et en pratique, les facteurs de risque. Nous vous proposons de découvrir les résumés des interventions autour de « vieillissement : perception, communication, aspects produits ». Le vieillissement ressenti, Jacques Gaucher (Institut de psychologie)
Notre société ne semble pas particulièrement valoriser le vieillissement. Mais que se passe-t-il sur le plan individuel, psychologique, pour la personne qui vieillit ?
Il me semble indispensable de nous détacher d'au moins trois idées reçues, trois représentations stéréotypées : la vieillesse comme équivalent de la maladie, la vieillesse comme équivalent du handicap, la vieillesse comme équivalent de l'enfance ou du retour en enfance.
Cela est très éloigné de ce que mes travaux me suggèrent depuis maintenant de nombreuses années : en effet, la vieillesse est la poursuite d'un processus de développement qui dure toute la vie et ne s'interrompt pas lors de l'entrée dans le « troisième » ou le « quatrième » âge. Chaque sujet se développe tout au long de sa vie.
Et même dans les situations difficiles, qu'elles soient en rapport avec la maladie, la dépendance ou l'affaiblissement du lien social, le sujet trouve a priori en lui des ressources individuelles et personnelles pour s'adapter à la situation, intégrer de nouveaux acquis et poursuivre son développement.
Ainsi, dans cette approche, le vieillissement fait alterner moments de crise et passages à de nouveaux stades du développement. Le vieillissement n'est pas, de ce point de vue, essentiellement différent du reste de la vie : c'est un processus de transformation, au cours duquel la personne s'adapte, continue à se développer et à se transformer.
Des mécanismes nouveaux sont ainsi appelés à se mettre en place et à être effectifs comme organisateurs de la vie psychique de la personne âgée. Par exemple, le rapport à la solitude est souvent appelé à se transformer, jusqu'à l'acquisition de « la capacité d'être seul en présence de quelqu'un ». Le rapport du sujet vieillissant à ses propres valeurs se précise et se modifie. La fonction du passé et de la mémoire s'amplifie et gagne en profondeur…
Cette approche du vieillissement comme développement ininterrompu n'est-elle pas trop optimiste ?
Il ne s'agit pas d'un optimisme artificiel. Les valeurs culturelles de notre société ne sont pas du côté de la vieillesse et elles impactent fortement les représentations que nous avons du vieillissement. Tout ce qui arrive à la personne vieillissante ou à la personne âgée serait une sorte d'horrible malheur !
J'estime tout à fait capital et salutaire d'écarter ce cliché au profit d'une représentation qui me semble plus proche de ce que vivent véritablement les personnes âgées. Je tire cette représentation à la fois de mes consultations et des conférences que je suis appelé à faire, parfois, devant des publics de « seniors ». Lors de ces conférences, on nous demande d'expliquer les troubles de mémoire, les modifications de la vie relationnelle, les perturbations de la sexualité liées au vieillissement...
A la fin des exposés, le dialogue s'engage avec les personnes âgées qui viennent souvent féliciter les orateurs en ces termes : « vous m‘avez très bien renseigné sur mon conjoint, ou sur tel(le) de mes ami(e)s ou sur tel(le) voisin(e)... » Mais quand on leur pose la question « avez-vous été renseigné sur vous ? » la réponse est toujours : « non, car moi j'ai la chance de vivre plus autonome, plus libre... »
Autrement dit, les discours qui se veulent savants sur le vieillissement ne semblent pas renseigner les personnes âgées sur elles-mêmes ! S'ils les intéressent, ce n'est pas personnellement, mais pour quelqu'un de leur entourage qui ne va pas bien. C'est donc, qu'elles ne vivent pas leur vieillissement comme une maladie ou un handicap.
A partir d'observations de cette nature, j'ai commencé il y a une quinzaine d'années un travail de réflexion, conforté par des données cliniques, qui m'amène à proposer aujourd'hui une lecture que je crois plus réaliste et plus légitimement optimiste de la vieillesse. Quels produits pour les seniors ? Sophie Schmitt (Seniosphère) Comment approcher les besoins des seniors en termes de produits ?
On n'a pas affaire à une cible, mais à plusieurs. Il est donc nécessaire de faire une approche segmentée pour s'assurer qu'on répond à des besoins et non à une caricature de besoins.
Quels sont les principaux outils qui permettent cette approche ?
L'âge est le premier critère qu'on évoque spontanément, mais il est insuffisant. Bien d'autres facteurs interviennent dans la vie des plus de 55 ans. L'âge ne devient un critère structurant qu'après 85 ans. Les éléments à prendre en compte dans cette segmentation des besoins sont au nombre de trois : l'effet vieillissement, l'effet génération et les phases de vie.
Le vieillissement a un impact sur la consommation, mais il n'affecte pas de la même façon tous les secteurs d'activité et tous les produits. On pourra à tout moment de sa vie manger un yaourt, mais à un certain moment, on ne pourra plus conduire une auto ou faire du jardinage.
Il faut donc penser aux effets du vieillissement lors de l'approche spécifique d'un produit. Ces effets touchent tous les sens et toutes les fonctions internes du corps. C'est un champ très vaste. Le vieillissement doit être pensé sous tous ses aspects et tous ses effets par rapport au produit que l'on développe : il faudra identifier quels éléments sont touchés par le vieillissement et savoir avec quelle intensité ils le sont.
L'effet génération doit aussi être pris en compte.
La réflexion doit porter sur l'univers culturel et l'histoire vécue de telle ou telle génération. Les phénomènes de génération sont très importants dans l'usage des produits.
Enfin, il faut prendre en compte les phases de vie. Les seniors ont vu leurs enfants quitter le foyer. Leurs petits-enfants arrivent. La retraite est là. Leurs propres parents vont avoir des problèmes de santé. Il est nécessaire d'intégrer tous ces éléments qui créent des contraintes, des besoins et des attentes différents par rapport aux autres époques de la vie. Ainsi, les segmentations sont relativement plus complexes que pour des cibles plus jeunes.
Comment cela se traduit-il en termes d'innovations, de produits pour seniors ?
Les produits toutes cibles n'ont pas toujours été conçus ainsi du premier coup. Jusqu'à présent, on a eu tendance à créer des produits pour jeunes qui ont été utilisés ensuite par une clientèle plus âgée, mais le contraire peut très bien fonctionner aussi. On peut imaginer de créer des produits pour une clientèle âgée qui correspondent aussi aux besoins de clientèles plus jeunes.
Il reste qu'il peut y avoir des produits spécifiques pour seniors ?
Il y a bien sûr des produits liés à un besoin spécifique des seniors. L'approche produit ne se fait pas ici par la cible (les personnes âgées), mais par le problème rencontré (le poids, la presbytie...) pour lequel il est proposé des solutions spécifiques, pratiques et esthétiques. Il y a enfin les produits très grand âge, qui se situent sur un autre segment plus purement fonctionnel : les protections contre l'incontinence, les compléments nutritionnels oraux.... Pour la plupart de ces produits, l'esthétique s'efface devant l'utilitaire.
Comment l'avenir se profile-t-il ? Tout ce qui précède souligne à quel point il faut segmenter les besoins à tous les niveaux, même si la segmentation est plus difficile aujourd'hui qu'hier. Lorsqu'on pense aux produits pour seniors, on a tendance à penser des innovations exclusives, mais il existe aussi un énorme potentiel d'innovations qui ne sont pas exclusives des seniors. Quelle communication publicitaire pour les seniors ? Benoît Goblot (Senioragency) A partir de quel âge devient-on un senior pour la communication publicitaire ? Et avec quelles implications ?
Pour la communication, on est un senior dès 50 ans, du fait des changements qui se produisent dans la vie à cet âge. Les nouveaux seniors de la cinquantaine s'aperçoivent qu'ils ont encore 30 à 40 ans de vie devant eux. Ce qui est colossal, si l'on pense à l'espérance de vie, presque de moitié inférieure, qui était celle de ceux qui vivaient un siècle plus tôt.
Ces jeunes seniors ont à nouveau du temps libre et une envie très forte de profiter des plaisirs de la vie. D'une manière différente que lors des années précédentes. A partir de 50 ans, ils ne fantasment plus sur des transformations radicales de leur vie. Les besoins s'effacent devant les envies. Une grande difficulté pour la communication et le marketing est de passer de la notion de besoin à la notion d'envie. Les envies sont beaucoup plus difficiles à cerner et à caractériser.
Ces envies qui portent sur les plaisirs de la vie ont des formes multiples. Elles passent, bien sûr, par le culinaire : on se met à table au moins trois fois par jour ! On met à jour un désir de profiter à nouveau de la cuisine, des aliments, d'une manière peut-être souvent plus apaisée. Le choix des produits alimentaires devient plus subtil, plus hédonique et aussi plus personnel, donc plus difficile à prévoir et à cibler.
Le plaisir est donc l'axe majeur de la communication. Mais pas le seul ? Le deuxième axe important est la préoccupation de la santé, liée aux évolutions physiques qui apparaissent progressivement. Même si elles sont mineures, les premières petites alertes sur la santé conditionnent cette approche. Il faut prendre en compte la prise de poids, le risque cardiovasculaire... La communication doit intégrer l'orientation vers une alimentation qui corresponde à l'évolution du corps, à l'évolution du mode de vie et toujours à la notion de plaisir. Les seniors d'aujourd'hui ne correspondent pas à ce qu'étaient leurs parents au même âge. La question pour eux n'est plus : « est-ce que je vais vivre jusqu'à 80-90 ans ? »
Mais plutôt : « est-ce que je vais bien vivre jusqu'à cet âge ? ». D'où une anticipation sur toutes les questions liées à une alimentation de qualité. C'est peut-être là que se rejoignent l'effet générationnel, le souci du plaisir et celui de la santé. Pour orienter un retour vers des produits de qualité. L'émergence du bio en est un des signes, mais pas le seul. Le plus spectaculaire est l'adhésion à tous les produits dits « de terroir », à tous les produits qui rappellent des origines rurales, artisanales et qui font appel à des notions de qualité.
La qualité comme réponse au double souci du plaisir et de la santé ? Oui, et en particulier, à mesure que l'on avance en âge, elle devient aussi une réponse à l'altération des capacités sensorielles. L'offre de produits artisanaux ou naturels permet de revenir à des aliments censés avoir du goût. Il s'agit de pouvoir retrouver dans l'imaginaire quelque chose qui corresponde à ce qu'on connaît.
Ainsi se conjuguent le plaisir, les nécessités physiologiques et une certaine nostalgie ! Beaucoup de marques aujourd'hui explorent cette voie. A partir d'une grande marque mère, on dérive des produits qui paraissent plus artisanaux, où la qualité des ingrédients est plus recherchée, la qualité de fabrication plus poussée, la présentation plus élaborée. Il convient que le produit ressemble aux produits d'autrefois. Le packaging a une grande importance dans la valorisation des qualités du produit.
Mais ce ne doit pas être non plus une coquille vide : car plus vous avancez en âge, plus vous connaissez et maîtrisez les critères importants de vos achats, quel que soit le type d'achat. Pour répondre à ces critères, la communication prend beaucoup en compte la nécessité d'informer. Il s'agit, à travers un maximum d'informations, de raconter une histoire autour du produit. Pour lui donner de la vie : ce qui est le plus important pour les seniors...
Reste la communication en direction des seniors les plus âgés...
Plus on avance en âge, et plus il faut tenir compte des contraintes liées aux évolutions physiques. Les modifications de la vue, les difficultés d'audition rendent progressivement les achats plus compliqués. Il faudra aussi de plus en plus prendre en compte le grand âge, au-delà de 85 ans. Le nombre des plus de 80 ans va doubler d'ici 2015-2020 et la communication publicitaire aura à développer des approches spécifiques.
Source : www.ifn.asso.fr <http://www.ifn.asso.fr> , Colloque IFN «L'alimentation des seniors».
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